Si déjà en 1720, l’organisation territoriale des brigades d’Auvergne est largement mise en place sur toute la région, il faudra attendre la révolution, pour que celle-ci connaisse un essor avec une augmentation des effectifs.

Le 16 février 1791, la Loi qui supprime la maréchaussée et sanctionne le décret de l’Assemblée Nationale des 22, 23 et 24 décembre 1790 et 16 janvier 1791, réorganise ce corps sous le titre Gendarmerie Nationale.

Cette loi précise que la Gendarmerie Nationale fera son service partie à pied, partie à cheval, que l’effectif sera porté à 7455 hommes et qu’au moins 15 brigades seront réparties sur les départements existants. Chaque brigade sera composée de 5 hommes, y compris le maréchal de logis ou le brigadier.

Cette loi prévoit en détail les fonctions essentielles des brigades qui sont :

  • De faire les marches, tournées, courses, patrouilles dans tous les lieux des arrondissements respectifs, de la faire constater sur leurs feuilles de service par les maires, et, en leur absence, par un autre officier municipal, à peine de suspension de traitements.
  • De recueillir et prendre tous les renseignements possibles sur les crimes et délits publics.
  • De rechercher et de poursuivre les malfaiteurs.
  • De saisir toutes personnes surprises en flagrant délit ou poursuivies par la clameur publique quelles qu’elles puissent être, sans aucune distinction.
  • De saisir tous gens trouvés porteurs d’effets volés, d’armes ensanglantées faisant présumer le crime.
  • De saisir les brigands, voleurs et assassins attroupés.
  • De saisir les dévastateurs de bois et de récoltes, les chasseurs masqués, les contrebandiers armés, lorsque les délinquants de ces trois derniers genres seront pris sur le fait.
  • De dissiper les révoltes et attroupements séditieux, à la charge d’en prévenir incessamment les officiers municipaux des lieux les plus voisins.
  • De saisir tous ceux qui seront trouvés exerçant des voies de fait ou violences contre la sûreté des personnes ou des propriétés, contre la liberté de circulation des subsistances, contre les porteurs de contraintes pour deniers publics ou ordonnances de justice.
  • De prendre, à l’égard des mendiants et vagabonds sans aveu, les simples précautions de sûreté prescrites par les anciens règlements, qui seront exécutés jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné.
  • De dresser des procès-verbaux de l’état de tous cadavres trouvés sur les chemins, dans les campagnes, ou retirés de l’eau : à l’effet de quoi l’officier de gendarmerie nationale le plus voisin sera averti, et tenu de se transporter en personne sur le lieu dès qu’il sera averti.
  • De dresser pareillement des procès-verbaux des incendies, effractions, assassinats et autres crimes qui laissent des traces après eux.
  • De dresser de même procès-verbal des déclarations qui leur seront faites par les habitants voisins et autres qui seront en état de fournir des preuves et renseignements sur les crimes, les auteurs et complices.
  • De citer les témoins devant les officiers de police.
  • De se tenir à portée des grands rassemblements d’hommes, tels que les foires, marchés, fêtes et cérémonies.
  • D’escorter les deniers publics, les convois de poudre de guerre, et faire la conduite des prisonniers ou condamnés de brigade en brigade.
  • De faire le service, dont ma maréchaussée était ci-devant chargée, en ce qui concerne l’armée, les soldats et toutes les parties militaires, conformément aux règlements, tant qu’il n’en sera pas autrement ordonné.
  • De remplir toutes les fonctions qui leur sont attribuées par le décret concernant la procédure des jurés.
  • Ils sont, au surplus, autorisés à repousser par la force les violences ou voies de fait qui seront employées contre eux dans l’exercice des fonctions qui leur sont confiées par la loi.

On retrouve à notre époque, les mêmes missions à quelques nuances près qu’en 1791 ce qui prouve combien cette loi a bien été pensée par les députés de l’époque qui, forts de l’expérience acquise par la maréchaussée, ont mis en œuvre un système de fonctionnement encore valable pour gérer la population.

Le 28 germinal An VI ( 17 avril 1798 ), la loi relative à l’organisation de la gendarmerie nationale va faire l’objet d’une déclaration d’urgence pour augmenter les effectifs des brigades, considérant que les 1500 existantes sont en nombre insuffisant pour assurer le maintien de l’ordre public et la répression des crimes et des délits. C’est donc 500 brigades de plus qui vont être créées et les effectifs vont passer à 10 575 hommes.

A cette époque l’Auvergne compte presque 1 200 000 habitants qui se répartissent de la manière suivante : Allier 250 000 – Puy de Dôme 500 000 – Cantal 220 000 et Haute Loire 230 000

Pour répondre au mieux à cette augmentation d’effectifs, et y faire face, Il faut recruter des gendarmes suivant des qualités qui ont été définies :

  • D’être âgé de 25 ans et au-dessus sans atteindre 40
  • De savoir lire et écrire correctement
  • D’avoir fait trois campagnes depuis la révolution, dont au moins une dans la cavalerie, et, après la paix générale, d’avoir servi au moins quatre années, sans reproche, dans les troupes à cheval ; ce dont il sera justifié par des congés de bonne forme.
  • D’être porteur d’un certificat de bonnes mœurs, de bravoure, de soumission exacte à la discipline militaire et d’attachement à la république.
  • D’être au moins d’une taille de 1 mètre 73 centimètres (5 pieds – 4 pouces)

Faute de candidats suffisants pour combler au mieux les effectifs manquant, tous les critères imposés ne seront pas respectés au pied de la lettre. Notamment sur les qualités de lecture et d’écriture, bon nombre de gendarmes auront l’obligation de suivre des cours du soir pour combler leurs lacunes. Si le plus souvent les cours avaient lieu dans la brigade, il arrivait aussi que nos gendarmes retournaient sur les bancs de l’école voisine.

Quand on se soucie du recrutement, on parle aussi de rémunération. La solde annuelle, en 1830, est de 1080 francs pour un gendarme, un brigadier touche 1300 francs, un maréchal des logis 1400 francs et un maréchal des logis chef 1500 francs.

Avec des nouveaux effectifs, Il faut aussi, trouver de nouveaux casernements pour héberger les gendarmes conformément à la circulaire du 18 Brumaire an XI (9 novembre 1802) qui en fixe les modalités. Le logement des brigades stationnées sera établi de préférence, et autant que possible, dans les bâtiments situés sur les routes les plus fréquentées, et à proximité des maisons d’arrêt et de détention. Ces bâtiments devront être composés de sept chambres, dont six à cheminée. La répartition en sera faite de manière à ce que deux chambres, dont une à cheminée, soit réservée pour le commandant de la brigade, et chacune des cinq autres pour chaque gendarme. Dans les lieux où il n’existe ni maison d’arrêt, ni prison, la caserne devra contenir une chambre de plus pour servir de chambre de sûreté. Indépendamment des écuries pour l’ensemble chevaux, des hangars et greniers destinés à contenir l’approvisionnement. La caserne de chaque brigade doit être pourvue, autant que possible, de toutes les commodités nécessaires. Lorsqu’il sera trouvé que des maisons trop étendues pour le logement d’une brigade, les gendarmes seront réunis dans la partie de bâtiment qui conviendra le mieux au secret qu’exigent leurs fonctions. Mémorial de la gendarmerie 1802

Chaque caserne doit porter sur le fronton l’inscription : GENDARMERIE NATIONALE. Mémorial de la gendarmerie 1888.

Sans oublier celui qui au centre de toutes les attentions du gendarme à cette époque : - Le Cheval.

Le cheval accapare toute la brigade depuis le matin très tôt car dès 5 heures, il faut donner la première ration, puis il faut panser l’animal pendant au moins une heure et nettoyer l’écurie. Vers midi, le cheval a droit une nouvelle ration en attendant un nouveau pansage en fin d’après-midi et la préparation de la litière. A 7 heures du soir, il reçoit sa 4ème ration. Et vers 9 heures, après le dernier appel, le gendarme peut enfin regagner son logis pour une courte nuit. Quand on sait qu’à cette époque les repos n’existaient pas et qu’il n’y avait que quelques permissions exceptionnelles, le métier n’était pas de tout repos.

Et chaque année, en octobre, il faut penser à compléter les stocks de fourrage et d’avoine pour bien nourrir les animaux de chaque résidence et surtout bien calculer les approvisionnements qu’il faudra dans la limite de 1 franc par jour et par cheval. Ce franc étant payé sur le solde de chaque gendarme, il sera nécessaire de vérifier le prix exact et procéder à des ajustements. Pour un coût supérieur à 1 franc, le dépassement pourra être pris sur la masse de la compagnie qui sera remboursée un peu plus tard après ajustement de la solde. Et si le coût est inférieur à 1 franc, les inspecteurs aux revues devront cesser de le régler dès que les fournitures seront soldées. Mais tout ne sera pas aussi simple et quand un gendarme partira en campagne ou découchera plusieurs nuits avec son animal pour des raisons de service, il devra lui-même, acheter le fourrage puis fournir des justifications certifiées par les maires des communes dans lesquelles il s’est arrêté. Mémorial de la gendarmerie 1824.

Maigre consolation, le gendarme a le droit de vendre le crottin de son cheval mais cette source de revenue sert aussi à payer les ustensiles d’écurie.

Quand un gendarme se mariait, il fallait que la future mariée apporte en dot l’équivalent du prix du cheval et des harnachements.

C’est dire si cet animal était le centre de tout ce qui se passait dans la brigade.

Les années qui suivent, amènent leur lot de changement d’effectifs et d’assiettes pour les brigades existantes. Après l’augmentation temporaire de 2000 gendarmes à pied en 1834 dans les départements de l’Ouest, la commission du budget va ordonner une diminution constante des effectifs jusqu’en 1840. Ensuite le corps va connaître un problème de recrutement suite à des avantages de solde acquis pour tous les autres corps sauf à la gendarmerie. Ce qui va avoir des conséquences importantes dès 1841, il n’existe plus que 163 brigades à pied ce qui est insuffisant pour faire face au développement économique, à l’accroissement de la population, et aux déplacements de celle-ci suite à l’établissement du chemin de fer, des canaux et des routes nouvelles. Finalement en avril 1843, une loi sera votée qui verra les effectifs de 13760 hommes passer à 14400 soit 1950 brigades à cheval (650 de 6 hommes – 1300 de 5 hommes) et 800 brigades à pied de 5 hommes.

L’évolution de la société rurale du 19ème va également amener de nouvelles prérogatives aux brigades avec notamment la mise en place d’un planton dans chaque caserne. A partir de 1888, un gendarme planton est commandé pour assurer ce service. Le planton est à la disposition du commandant de brigade et il est chargé de l’ouverture des portes chaque matin. En tenue de service, il est employé dans la résidence pour tous les services qui peuvent être fait seul, comme la remise de dépêches, le service de la poste, la visite des prisonniers et leurs mises en route. Le soir il est chargé de fermer les portes de la caserne et d’en remettre les clefs au chef de brigade. La nuit, il est tenu de prévenir ce dernier de l’arrivée de toute ordonnance et de toute demande de service ou de secours venant de l’extérieur.

A noter que les gendarmes ne portent pas la même tenue, le matin ou l’après-midi. Le règlement prévoit une Tenue du matin qui est composé du képi, d’une tunique pour les gradés, ou d’une veste pour les gendarmes, un pantalon et des petites bottes pour le gendarme à pied. Képi, tunique pour les gradés, veste pour les gendarmes, pantalon avec sous-pieds, petites bottes avec éperons pour le gendarme à cheval. Cette tenue du matin est portée jusqu’à 1 heure de l’après-midi. Ensuite, à partir de 1 heure de l’après-midi on porte la Tenue du jour qui est composée du képi, tunique avec les trèfles et les aiguillettes, pantalon, petites bottes et sabre-baïonnette pour le gendarme à pied. Képi, tunique avec trèfles et aiguillettes, pantalon avec sous-pieds, petites bottes avec éperons, sabre avec dragonne.

La grande tenue, quant à elle est portée, les dimanches et fêtes à partir de 1 heure ou quand l’ordre est donné par le chef de légion ou le commandement. Pour cette tenue, le chapeau bicorne remplace le képi.

Et le dimanche donne lieu à l’inspection pour maintenir la bonne hygiène du militaire et la salubrité de la caserne. Pour l’occasion les gendarmes changent de linge, ils se rasent, se lavent les pieds, nettoient leurs logements, le casernement et les environs, entretiennent les armes et le paquetage. Sans oublier leur cheval qui va également assister à la séance d’instruction d’équitation sur la place du village.

Pour les gendarmes à pied, les effets devaient être déposés sur une table de la façon indiquée sur le croquis ci-dessus.

1 - Serviettes 2 - Portefeuille 3- Gants 4 – Havresac avec courroie 5 – Bourgeron en toile 6 - Bonnet 7 – Pantalon de corvée 8 – Ceinturon porte épée 9 – Objets de sûreté 10 – Cartouches de revolver 11 – Chargeurs et cartouches 12 – Giberne - cartouchière 13 - Banderole 14 – Etui de revolver 15 – Sachets de cartouches 16 – paquet de pansement 17- Cartouches de carabine 18 - cravate 19 - Martinet 20 - Cuillere 21 – Plaque d’identité 22 – Morceau de savon 23 – Boîte à graisse 24 –Trousse garnie 25 - Mouchoirs 26 - Serviette 27 - Caleçon 28 - Chemise 29 – Nécessaire d’armes 30 –Livret individuel 31 – Brosse d’armes 32 – Brosse à souliers 33 –Brosse à lustrer 34 – Brosse à habits 35 – Brosse à boutons 36 - Patience 37 – Ficelle pour nettoyer la carabine 38 – Courroie à sautoir 39 – fiole à tripoli Gendarmes à cheval 1 – Couverture de cheval 2 – Ceinturon porte épée 3- Bissac de campagne 4 – Gants 5 – Banderole de Giberne 6 - Giberne 7 – Cravate 8 – Cartouches de carabine 9 – Paquet de pansement 10 – Cartouches de revolver 11 – Sachets à cartouches 12 – Objets de sûreté 13 – Courroie de carabine 14 – Bourgeron de toile 15 – Etui de revolver 16 – Pantalon de corvée 17- Courroie de sautoir 18 – Chargeurs et cartouches bois 19 – Boîte à graisse 20 - Portefeuille 21 – Trousse garnie 22 – Sac à avoine 23 – fers par deux 24 – clous et crampons à glace 25 – Corde à fourrage 26 – Surfaix de couverture 27 – Livret individuel 28 – Musette de pansage 29 – Morceau de savon 30 – Fiole de tripoli 31 – Patience 32 – Brosse à habits 33 –Brosse à souliers 34 – Brosse à lustrer 35 – Brosse à boutons 36 – Brosse d’armes 37 – Cuiller 38 – Nécessaires d’armes 39 – Plaque d’identité 40 – Ficelle de nettoyage 41 - Mouchoirs 42 - Serviettes 43 - Caleçon 44 – Chemise de flanelle coton 45 – Musette mangeoire 46 – Brosse à cheval 47 – Peigne de cheval 48 – Torchon - serviette 49 - Ciseaux 50 - Etrille 51 - Eponge 52 - Martinet

Le 20 juin 1887, les autorités judiciaires se plaignent de la lenteur des transfèrements des prisonniers conduits de brigade en brigade. La plupart des itinéraires ont été tracés en 1854 avec des jours précis, des points de passage obligés et des lieux de rassemblements obligatoires pour permettre la circulation des prisonniers d’un point à un autre le plus rapidement possible dans la mesure ou on peut parler de rapidité quand on sait que les parcours se font à pied. Mais le problème soulevé par le pouvoir judiciaire n’est pas là, il s’avère que depuis 1854, de nombreuses réformes ont eu lieu, les assiettes des brigades ont été modifiées, les effectifs augmentés, les voies de communication améliorées et de nombreux chemin de fer parcourent le territoire, mais problème : - les transfèrements sont restés sur les mêmes itinéraires

C’est en parcourant le volume du mémorial 1887 que je vais faire une découverte intéressante, entre les pages 142 et 143, mon attention va être attirée par un petit morceau de feuille oublié par un gendarme qui avait consulté le contenu d’un tableau concernant la loi du 11 avril 1831 sur la classification des blessures ou infirmités ouvrant des droits de pension suivant les catégories. Impossible de savoir qu’elle était son problème de santé mais comme la fameuse feuille marquait des blessures graves allant de la cécité totale, les amputations, les altérations grave des fonctions cérébrales, les mutilations et autres pertes absolues de l’usage de membre, j’en ai quand même déduit que ce militaire de Chevagnes connaissait de graves problèmes. Sur la petite feuille était griffonnée deux dates, une de 1887 et une de 1889 précédées du mot – Lourdes. Comme quoi.

Et voilà que la bicyclette arrive dans le service des gendarmes. Une circulaire du 24 janvier 1908 va en fixer les règles de commandes des deux roues suivant une nomenclature de fabricants retenus pour les fournir. Il est intéressant d’y retrouver Michelin pour la fourniture de bicyclette pliante qui équipera des régiments de chasseurs cyclistes pendant la guerre de 14-18.

Parcourir le décret du 6 août 1909 reste un moment savoureux qui nous donne toute la mesure de l’utilisation de ce nouveau moyen de transport et des principes qui doivent en découler : (extraits)

…. La bicyclette doit permettre de faire dans le même temps, avec le même personnel et avec moins de fatigue, un service plus actif et plus efficace, en étendant le rayon d’action de la surveillance dans chaque tournée. Les chefs de postes règlent les itinéraires, en s’inspirant des circonstances ou des besoins du service, de façon à obliger les gendarmes à battre efficacement et à explorer réellement toute la zone voisine, tantôt en parcourant à bicyclette les routes faciles et les terrains bien découverts, tantôt en suivant à pied les chemins de culture, raccourcis ou sentiers. Dans ces derniers parcours, la bicyclette est conduite par le guidon ou laissée sur un point ou l’itinéraire permettra au gendarme de la reprendre au retour.

…. Sauf en cas d’urgence, la vitesse ne doit pas dépasser 12 kilomètres à l’heure.