Comment des gendarmes peuvent-ils  se rendre complices d'une évasion ?  l'affaire peut interpeller mais quand on sait que l'évadé est le Général De Lattre de Tassigny ça mérite quelques explications. 

Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1943, le Général s'évade de la maison d'arrêt de Riom.  L'affaire fait grand bruit.  Comment a t-il pu échapper à la vigilance des GMR et des gendarmes qui renforçaient la surveillance ? Comment cet officier général a t-il pu se faire livrer un marteau, des tenailles, une lame de scie à métaux, des tournevis, du mastic, de la peinture, de la ficelle et une échelle de corde.  

Il est vrai que le personnage est impressionnant et un général de corps d'armée à l'histoire militaire prestigieuse ne se garde pas comme n'importe quel détenu de droits communs.  C'est le cas pour le Général de Lattre de Tassigny qui reçoit sa femme, son fils et son confesseur  suivant des règles spéciales qui ont été données au surveillant-chef.   En ce mois de septembre 1943, le général, incarcéré depuis plusieurs mois,  craint d'être livré aux allemands.  Il doit s'échapper au plus vite.    

Deux premières tentatives se soldent par un échec suite à des changements internes. Le général qui entretient des relations amicales avec le brigadier du détachement des GMR va t-il influer sur son régime de surveillance.   Toujours est-il que le règlement fixé aux GMR leur interdit de regarder dans la cellule.   

La nuit du 2 au 3 septembre, le peloton motorisé de Jenzat renforcé par celui du Veurdre est chargé de surveiller les extérieurs de la maison d'arrêt.   L'adjudant-Chef Louis VIGUIER et les gendarmes François FOURNIT, Joseph BOUDET, Blaise DUGOURNEAU, Joseph TOMBEL, Célestin GENTELAT, Gaston GILLOT et Achille COURSET assurent la garde extérieure. 

Le 3 septembre vers 1 heures 30,  le gendarme Achille COURSET est de garde à l'angle Sud-Ouest de la maison d'arrêt. Le gendarme Joseph BOUDET est à l'angle Nord-Ouest et les gendarmes ODESSA et FOURNIAT sont sur le chemin de ronde. 

A 2 heures 15, BOUDET qui doit croiser COURSET, s'étonne de son absence et en rend-compte à l' Adjudant-Chef VIGUIER.  Après recherches, ils découvrent le Mousqueton et le ceinturon de COURSET abandonnés au pied du mur d'enceinte.   Son étui à pistolet est vide. 

Rien ne se passe, personne ne s'étonne vraiment de cette disparition. A 5 heures 30,  personne ne remarque le cordage qui pend de la cellule du Général. Le temps file.  A 9 heures 30, on constate, enfin l'évasion. 

En gare de  Riom, COURSET a pris un billet de train en tarif normal   pour BRIVE.   Il ne sera pas retrouvé.  On va le chercher dans les gares entre CLERMONT et BRIVE.  Au final, on sait maintenant qu'il a été conduit au maquis en voiture. 

Quand au Général, avec la complicité de sa femme et de membres des réseaux "Maurice" et "Gallia", il quitte Riom pour rejoindre Lyon. En accord avec le général  De Gaulle il gagne Londres par avion. 

Beaucoup de zones d'ombres entourent cette évasion spectaculaire. Et beaucoup de questions restent sans réponses.  Notamment sur les éventuels encouragements du Maréchal Pétain transmis à De Lattre qui se trouve à Lyon  au moment où il s'apprête à rejoindre Londres. Histoire ou légende, on ne sera jamais,  l'évasion restera rocambolesque avec très sûrement beaucoup de complices actifs ou passifs. 

A l'issue de cette évasion, les gendarmes, le surveillant-Chef et des GMR, mis en cause, seront incarcérés en maison d'arrêt. 

COURSET achille

Le gendarme Achille COURSET du PMO de JENZAT

Achille Courset a rejoint le 1er Corps Franc d'Auvergne sous le pseudonyme de Bouboule et transporte des armes.  Il appartient au maquis de Saint Maurice près le Vic le Comte (Puy de Dôme). 

Il est arrêté le 16 décembre 1943 à Billom (Puy de Dôme) au cours d'une vaste opération menée conjointement par la Gestapo de Vichy et Clermont-Ferrand.

Le 21 mai 1944 il est déporté de Compiègne à Neuengamme où il arrive le 24 dans le convoi n° I.214.  il reçoit le matricule 32121 puis est transféré au Kommando de Watenstedt- Salzgitter.

Il est transféré en avril 1945 au camp de concentration de Ravensbrück où il est libéré. 

Toujours domicilié à Jenzat il est rayé des contrôles de la Gendarmerie en septembre 1945 puis passe dans l'infanterie avec le grade de Lieutenant.   Il participe à l'occupation de l'Allemagne et décède le 7 juin 1950 à Berlin.