l'aventure d'un petit gars de l'Allier, devenu gendarme en 1945 après 4 ans de captivité, qui va devenir le témoin d'un des plus grands procès, celui de Nuremberg.  Bientôt centenaire ( mai 2018).   Il s'est raconté.   

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Gabriel MOINARD en 1939 - engagé au 92ème RI de Clermont-Ferrand

Gabriel Moinard est né à Saint Didier la Forêt le 12 mai 1918.  Cinquième enfant d'une famille de paysan, il amena sur le champ la démobilisation de son père suivant la loi promulguée en 1917 pour les chargés de famille nombreuse. 

A l'école primaire, Gabriel montre de grandes qualités et obtient avec brio le certificat d'études primaires.  Son institutrice va même tenter de lui faire obtenir une bourse pour des études secondaires, mais devant l' obstination de son père à le garder à la ferme, il épouse les travaux agricoles à contre coeur.   Finalement Gabriel finit par obtenir ce qu'il souhaite en manipulant sa mère et en déstabilisant son père avec un chantage bien orchestré.   Il rejoint Bellerive où il est embauché comme employé dans une graineterie.  Parallèlement,  il s'inscrit à des cours par correspondance et décide de faire une carrière militaire.    Il s'engage pour 3 ans au 92ème RI, et en 6 mois reçoit le grade de caporal-chef.  Il se prépare à passer le concours des élèves officiers d'active quand la guerre éclate.

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Sa plaque de prisonnier

le 1er septembre 1939 le 92ème RI  est envoyé à Rosteig en Alsace.  Dix jours plus tard il est déplacé à Rimmling dans la Sarre.   Le 27 septembre Gabriel connaît son baptême du feu sous une volée d'obus allemands.  Le 19 octobre, le 92ème RI  est envoyé à Ardrest dans le Pas de Calais, puis le 10 mai 1940  direction la Belgique et la Hollande. Tous les jours ou presque, il prend soin de noter dans des carnets sa vie de soldat.  Le 14 mai au matin,  Gabriel commande à son groupe l'ouverture du feu sur des allemands qui rampent dans leur direction au milieu d'un pré.  A 11 heures, après une seconde escarmouche, il reçoit l'ordre de repli qui de jour en jour ramène le 92 vers la France sans dormir, ni manger et toujours à pied.  Le 26 mai, encerclés et isolés, la section complète est faite prisonnière.  Commence alors un long parcours en train ou à pied  à travers la Belgique,  l'Allemagne et l' Autriche.  Un mois de privations alimentaires, de fatigue, de peur pour atteindre Kaisersteinbruch.  Gabriel retrouve quatre gars de l'Allier.  Ils rejoignent un Kommando en octobre 1940 et peuvent écrire à leurs familles.  Les conditions de travail sont dures mais Gabriel qui maîtrise un peu l'allemand noue des contacts amicaux et perfectionne la langue de Goethe.   Il connaît aussi de nombreuses aventures et indique qu'il aurait pu s'évader à plusieurs reprises sans certitude de réussite.   En 1945, la condition de prisonnier se durcit. Gabriel continue de prendre des notes qu'ils cachent dans le double fond de son sac.  Les allemands sont repoussés.  En avril, les prisonniers retrouvent les camps.   Le 4 mai les gardes des camps ont disparu.  Le 8 mai, les prisonniers découvrent une Jeep pour la première fois. A l'intérieur, un Lieutenant Français vient rechercher son frère.  En fin d'après-midi, une colonne de GMC arrive à son tour.  Des américains prennent en charge le camp.  Gabriel est tellement heureux de cette libération qu'il fait signer le chef de Colonne et son adjoint sur son dernier petit carnet.  S SGT Vancel C. HARTXEY et R H THOMPSON. 

Gabriel est très faible. Il poursuit son périple dans un hôpital de campagne.  Le 2 juin 1945, il s'attend à être rapatrié en France par avion, mais finalement un train le conduit jusqu'à Verdun dans l'hôpital Américain.  Dans la cour des prisonniers allemands nettoient les lieux.   Une sorte de revanche pour l'ex-prisonnier. 

Il arrive à Paris le 4 juillet, et prend enfin le train pour Vichy pour une nouvelle hospitalisation.    Il retrouve enfin sa famille le 7 juillet à Brout-Vernet. 

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souvenir de menu d'une ration américaine

Poursuivant sa carrière militaire, il est admis dans la Gendarmerie le 1er octobre 1945. Il est affecté à la brigade d' Escurolles comme élève-gendarme. 

Le 3 janvier 1946, il doit rejoindre l'école de gendarmerie de Grenoble.  Le stage de 6 mois terminé, il choisit la gendarmerie d' occupation en Allemagne avec une furieuse envie de revanche.  Il devient interprète à la brigade de Ehingen.  Quelques jours plus tard, il est détaché au Tribunal International de Nuremberg sans avoir été volontaire.  Placé sous contrôle des Américains, il doit se plier à de nouvelles règles.  Gabriel devient le secrétaire du substitut du procureur de la république de Gerthoffer  et se trouve face aux grands criminels de l'histoire Nazi.  Au fur et à mesure des audiences Gabriel amasse des documents défectueux qui constituent pour lui des souvenirs  qui doivent rester dans un tiroir de son bureau au palais. La police militaire surveille et fouille tous les personnels des délégations qui entrent et sortent du tribunal.   Le 18 octobre 1945, il est chargé du transport des archives de la délégation française sous statut de "valise diplomatique scellée".   Il peut  rapporter sans problème ses documents.  

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Laissez-passer établi par les américains pour accéder au tribunal international de Nuremberg. 

Après Paris, il retourne à Nuremberg et pendant toute l'année 1947, il est chargé de l'enquête Roeschling Hermann, un proche d'Hitler,  qui a dépouillé sans scrupule les industries françaises de Lorraine et l'exploitation de travailleurs forcés.  Cette enquête  va l'amener à rester en Allemagne,  jusqu'au jugement de cette affaire le 30 juin 1948.  Gabriel obtient son diplôme d'Officier de police judiciaire et décide de rentrer en France.  Le 1er janvier 1950, il prend le commandement de la brigade de Saint Amant Roche Savine.  Mais célibataire, il est déclaré apte à rejoindre l'Indochine au sein de la 3ème Légion de Marche de la garde républicaine au 1er juillet 1951 après 26 jours de bateau.   Il revient en France en juillet 1953 et se marie en Octobre. Il prend successivement les commandements des brigades de Vallon en Sully, Le Donjon et Issoire où il termine sa carrière à 55 ans.   Il dépose sa cantine à Bessay S/ Allier en 1973 dans une petite maison du bourg.  Il envisage de retourner à GAMS là où il a été prisonnier pour y retrouver les amis autrichiens de sa captivité, mais le décès accidentel de son épouse en 1978 mets à mal son projet.   Finalement en 1984, son camarade Maurice Huret, son frère de misères, des années de prisonnier le décide à y aller.  Jusqu'en 1992, il va y retourner tous les deux ans avec une de ses filles et son mari.  En 1984, il va rechercher et retrouver Ria la belle autrichienne dont il était tombé amoureux. Plus de 40 ans après leur première rencontre, Ria est veuve mais reste toujours très séduisante.  Ils restent en contact, s'écrivent régulièrement, se téléphonent et s'invitent l'un chez l'autre.   

En 2007, Gabriel écrit cette jolie phrase " En ce mois de Janvier, Ria à 81 ans, j'en ai 88. A nos âges les feux de l'amour sont éteints, il en reste les braises du souvenir.."

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La couverture du premier carnet de prisonnier 

Gabriel MOINARD est titulaire de la médaille militaire depuis plus de 50 ans. Il a également reçu l'ordre national du mérite en 1973.

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