Tout débute au 17ème siècle, la ville de Moulins qui regroupe plusieurs

maisons religieuses, reçoit de ses habitants une requête pour recevoir des
Chartreux originaires d'une communauté religieuse installée à St Pierre de
Chartreuse dans l'Isère.
Les Moulinois sont alors appuyés par deux personnages importants que
son Dubuysson de Beauregard, Lieutenant particulier de la Sénéchaussée du
Bourbonnais et Claude Roy de Jalonne, Lieutenant particulier de la province.
Ils obtiennent du conseil de la ville le 17 décembre 1622, la délibération
acceptant l'installation des Chartreux au lieu-dit « Chauveau» site proche du
Faubourg de Paris. Mais cette implantation dépend du bon vouloir du Prince
Bourbon Condé Gouverneur du Bourbonnais et propriétaire des terrains. De
bonne volonté le Prince offre ses terres aux Chartreux en échange du titre de
fondateur de la Maison.
Cette décision sera transcrite au conseil de la ville le 28 octobre 1623, et
le 3 juillet 1625 a lieu la pose de la première pierre. Il s'agit là du premier
emplacement de la Chartreuse. En définitive, le deuxième emplacement sera le
plus connu grâce à un écrit datant du 4 octobre 1790 (Procès-verbal de
confiscation des biens de l'église) qui la décrira en détail. À cette époque son
église comprenait deux parties, la première contenant deux autels et dix stalles, la
seconde, appelée Chœur des pères possédait un mobilier en bois sculpté ainsi que
le tableau de Parocel qui se trouve actuellement à la cathédrale de Moulins. Les
religieux occuperont leur abbaye jusqu'à ce que la révolution les chasse en 1791.
Cette année-là, un nommé Brillantais achète les terres et les immeubles
des Chartreux et y installe le 21 novembre 1791 une manufacture d'armes légères
(fusils, baïonnettes, sabres). La loi du 19 juillet 1792 installe définitivement, et
sous le contrôle de l'armée, la manufacture. Accusé d'un manque de patriotisme
Brillantais démissionne le 18 janvier 1794.
Il est remplacé par Hérié Hérissé. Dès sa prise de fonction, ce dernier,
restructure la manufacture pour améliorer la production, créé une faïencerie
(faïence blanche façon d'Angleterre dite terre de pipe) et un centre de formation.
Le 20 mars 1795, les besoins en armement sont tels que le nombre d'ouvriers est
de 622. En 1803, en raison des guerres napoléoniennes, la manufacture est
transformée en dépôt de prisonniers. Il y en eut plus de 5000 qui furent presque
tous décimés par une épidémie. Le 3 octobre 1806, Hérié Hérissé vend l'ensemble
de la propriété à des entrepreneurs qui utilisent les immeubles comme carrières.
De cette exploitation, il ne subsistera que la façade sur laquelle s'appuiera le 307
projet de construction d'un dépôt de mendicité.
Le 28 juillet 1825, l'achat du terrain par le département met fin à ce projet
au profit d'un séminaire. La construction du séminaire qui débute en 1828 ne sera
terminée que le 29 mai 1840 en raison de l'instabilité politique et des tensions
sociales de 1830. Les locaux seront occupés par les séminaristes jusqu'au 1er mars
1906, date à laquelle ils sont expulsés à la suite des biens de l'état et de l'église.
Le département dispose alors d'un immeuble sans pouvoir lui donner une
nouvelle destination. En 1913, l'état se rend acquéreur du séminaire pour installer
deux bataillons d'infanterie et un état-major. Pour donner plus d'aisance à ces
unités, des parcelles de terrain situées au nord et à l'est du séminaire sont
acquises en 1913 et 1914. Le projet est remis en question par le premier conflit
mondial. Le séminaire accueille alors, 50 officiers allemands prisonniers de guerre.
La guerre terminée, une école de gendarmerie est installée le 28
décembre 1918. 

L’école de Moulins connaîtra successivement les capitaines Gibaux, Durieux et Armangué.

Elle dispose de 2 lieutenants instructeurs, de 15 gradés et 45 gendarmes
d’encadrement. Ils appartiennent à l’arme à pied et à l’arme à cheval dans les
proportions des effectifs des candidats et en fonction de leur orientation. Un
médecin et un vétérinaire complètent l’encadrement.

Ce centre fonctionnera jusqu'au 20 décembre 1926, un incendie
ayant détruit le bâtiment principal au cours de la nuit du 17 au 18 juin 1926. Cet
incendie fit d'ailleurs l'objet de deux pages dans le COURRIER DE L'ALLIER dont
voici quelques extraits :
……L'incendie - dû croit-on, à un court -circuit - s'est déclaré dans une
chambre du deuxième étage située face à Trévol et du côté de la ligne du PLM. Le
feu s'est propagé avec une rapidité prodigieuse, déconcertante ; en quelques
minutes les combles sont enflammés. Il n'y a qu'une courte demi-heure que
l'incendie s'est déclaré. Celui-ci a surpris les élèves gendarmes après leur repas du
soir, au moment où chacun, en tenue de travail, étudiait ou écrivait. Le second
étage a été si rapidement inabordable par suite des infiltrations de fumée et de
chaleur dégagée que nombreux sont les stagiaires qui ont dû abandonner dans
leur chambrée tout ce qu'il leur appartient ; ils ont sur eux leur pantalon de treillis
et leur bourgeron, et les flammes leur ont pris leur cantine, leurs effets de sortie,
leur portefeuille, leur boite à paquetage Le feu n'avance pas partout à la même
vitesse ; au centre côté nord, les fenêtres du second étage ne laissent pas voir une
lueur rougeâtre, comme par exemple au nord-est ; ce sont précisément les
fenêtres de chambres qui n'ont pu être débarrassées et maints gendarmes y
possèdent tout leur bien. L'un d'eux l'élève Richard, désolé de perdre une somme
de cinq cents francs, qui était dans sa chambre, décide d'y grimper par l'extérieur ;
une échelle appliquée contre la muraille lui permet d'atteindre une fenêtre du
premier ; puis aidé de deux camarades, il réussit à assurer une échelle à grappin
sur la fenêtre du second jusqu'où il s'élève. De là-haut, il jette à terre des effets et 308
des boites de paquetage, qui se fendent, ou se brisent complètement dans cette
chute de plus de 10 mètres de hauteur, et c'est sur le sol un étalage de papiers à
lettres, de livres, de " théories ", de nécessaires de toilette, de blaireaux. Mais
c'est autant de sauvé, et richard est encouragé d'en bas par ses camarades à aller
dans d'autres chambrées tenter d'enlever au feu d'autres biens. Le courageux
gendarme projette encore quelques paquets par une autre fenêtre, mais soudain
on le voit surpris par le plafond qui crève en brûlant. Richard regagne cependant
vivement la première fenêtre dont un battant est fermé ; excité par le danger,
d'une traction vigoureuse il l'ouvre en la brisant et des éclats de vitre multiples
jaillissent de tous les côtés ; heureusement, personne n'est blessé par le verre, et
Richard commence une périlleuse descente. À peine a-t-il mis le pied sur la
fenêtre du premier qu'il est pris d'une faiblesse causée par l'effort, l'émotion, la
respiration de la fumée et qu'il tombe dans les bras de celui qui tenait l'échelle ;
des camarades grimpent rapidement à son aide et après l'avoir attaché avec une
corde le descendent à terre pour le faire conduire à l'hôpital.
En 1927, les pelotons mobiles n° 47 et 49 de la garde républicaine mobile
prennent possession des lieux, ils sont chargés de la formation des jeunes recrues.
L'installation des pelotons sera définitive le 1er juin 1930.
En juin 1940, les Allemands occupent Moulins. Le 21 juin, les deux
pelotons existants sont rattachés au 4, 5 et 6ème pelotons de Roanne. Les locaux
sont occupés par les Feldgendarmes qui piègent l'ensemble des immeubles. Il
faudra attendre le 2 février 1948 et l'arrivée de l’Escadron 9/3 en provenance
d'Allemagne pour que le site soit de nouveau occupé par deux pelotons. Le
quartier est alors appelé Quartier Taguin en souvenir du combat mené le 16 mai
1843 par un peloton de Gendarmes pendant la campagne d'Afrique du Nord.

La nouvelle caserne a été livrée en 1981, les gendarmes peuvent
y prendre place, 10 bâtiments accueillent les familles. La place d’arme entre les
garages et l’atelier auto reçoit ici l’escadron de renseignements de l’exercice de
Défense Opérationnelle du Territoire de l’exercice Arvermes 1985.
C’est avec l’arrivée des premiers pelotons de gendarmerie-mobile
que la caserne prendra le nom de Taguin, bataille inscrite sur les drapeaux de la
Gendarmerie Nationale et de la gendarmerie mobile. C’est le 14 mai 1843 que
s’est déroulée la prise de la smala de l’émir Abd-el-Kader. 30 gendarmes à
cheval sous les ordres du Lieutenant Grosjean s’étaient joints à l'expédition
composée de 2000 hommes. L’attaque soudaine face à un adversaire largement
supérieur en nombre (60 000), amena la reddition de l’émir en 1847. Fait
prisonnier et extradé en France, il sera assigné au château d’Amboise jusqu’en
1852.
Pour leurs attitudes, Le Lieutenant Grosjean, le Maréchal des
logis Schamberg et le brigadier Hurel reçurent la croix de chevalier de la Légion
d'Honneur. Seul le gendarme Fourneau avait été blessé.

BATAILLE INSCRITE AUX DRAPEAUX

de la Gendarmerie Départementale et de la Gendarmerie Mobile

Taguin ou plus exactement Taguine, est un cour d'eau qui prend sa source à 300 kilomètres au Sud d'Alger, sur les hauts plateaux, entre le Sersou et le Djebel-Amour.

La bataille qui s'y déroula le 16 mai 1843 fut la fin de la conquête de l'Algérie qui avait été rendue longue et difficile par le climat, la nature du pays, la résistance courageuse et opiniâtre des populations et l'attitude de prudence imposée aux gouvernements français par les contingences internationales. Cette conquête dura trente années.

On la divise en trois périodes :

- l'occupation côtière de 1830 à 1835.

- l'occupation restreinte de 1835 à 1840.

- la conquête totale de 1840 à 1858.

C'est un peu avant la fin de la deuxième période, exactement le 18 novembre 1839, que l'émir Abd-el-Kader vint troubler les accords du traité de Tafna en déclarant la guerre sainte et créait le début d'un état islamique afin de reconquérir l'ensemble de l'Algérie.

Le général Bugeaud, qui avait signé le traité de Tafna le 30 mai 1837, fut appelé le 28 décembre 1840 au poste de gouverneur général de l'Algérie, avec pour ambition d'en finir avec Abd-El-Kader. C'est ainsi qu'il le fit pourchasser sans relâche par des troupes parfaitement adaptées aux conditions de vie du pays. Abd-el-Kader fut refouler vers le désert.

Apprenant que la smala se trouvait sur les hauts-plateaux aux environs de Boghar, le général donna l'ordre aux colonnes légères du duc d'Aumale et de Lamoricière d'y poursuivre l'émir.

Le duc partit à Boghar le 10 mai 1843 à la tête de 1300 fantassins ( 2 bataillons d'infanterie et un de Zouaves ) et 600 cavaliers ( 3 escadrons de Spahis et 3 de chasseurs d'Afrique ) commandés par les Colonels de Cavalerie Yusuf et Morris et auxquels s'ajoutaient 300 irréguliers indigènes, une petite artillerie et 1 peloton de gendarmes.

Le gouverneur général avait déclaré au colonel Vial, chef de légion d'Afrique, qu'il voulait faire participer la Gendarmerie à la plus belle opération de la campagne " afin qu'elle ait sa portion de gloire et sa récompense ".

30 gendarmes à cheval sous les ordres du Lieutenant Grosjean avaient donc été joints à l'expédition.

Le 14 mai 1843, le duc d'Aumale, informé de la présence de la smala à quinze lieues au sud-ouest, divisa sa troupe en deux détachements et partit en tête avec la cavalerie.

Le 16 au matin, après trente heures de marche épuisante sous le vent de sable dans une région inculte et sans eau, deux traînards furent saisis.

A 11 heures, l'aga des Oulad-Aiad qui éclairait la colonne avec les irréguliers revint au galop en criant au colonel Yusuf : " Ils sont là, 60. 000 derrière ce mamelon, fuyez ! ".

Yusuf se rendit compte par lui-même de l'exactitude du renseignement en mesurant du regard la multitude d'hommes, de femmes, d'enfants, de soldats réguliers, de muletiers, de troupeaux, qui composaient la capitale mobile de l'Emir, occupée à dresser ses tentes à la source et sur les bords du TAGUIN.

A toute allure, le colonel rejoignit son chef autour duquel se réunit un petit conseil de guerre. Les Arabes et les aides de camp Janin et de Beaufort pensaient qu'il serait sage d'attendre le reste de la colonne. les intrépides colonels Yusuf et Morris, au contraire, étaient d'avis d'attaquer immédiatement pour empêcher la fuite ou prévenir toute réaction dangereuse de l'adversaire.

Le jeune général qu'était alors le duc d'Aumale - il avait 21 ans - se rallia à cette dernière opinion en disant : " la situation périlleuse commande de marcher en avant. Mes aïeux n'ont jamais reculé, je ne donnerai pas l'exemple. messieurs en avant !... ".

La cavalerie s'ébranla bientôt en deux échelons.

Les Spahis sous Yusuf attaquant droit au sud abordèrent la smala de front en culbutant l'infanterie régulière de l4emir qui se défendit avec l'énergie du désespoir. Les chasseurs d'Afrique du colonel Morris décrivant par la droite un large cercle se rabattirent ensuite au nord pour arrêter les fuyards.

Le duc d'Aumale pénétra d'un seul élan avec le peloton d'escorte de gendarmes et un escadron de chasseurs jusqu'au centre de l'immense agglomération où il les immobilisa

Chez l'adversaire, la surprise fut complète. le désordre qui, tout de suite, en résulta ne lui permit pas d'opposer une résistance coordonnée et efficace.

En une heure et demie tout était terminé sans intervention des Zouaves et de l'artillerie qui suivaient à deux heures et du gros de la colonne ( convoi et bataillons d'infanterie de ligne ) qui ne rejoignit que dans la soirée.

Les Français n'avaient eu que 9 tués et 12 blessés alors que les Arabes laissaient 300 cadavres sur le terrain.

La parfaite discipline et l'impassibilité des gendarmes, au milieu de la confusion générale, avaient été remarquées.

Il leur fallut au retour multiplier leurs efforts pour maintenir dans l'ordre l'interminable colonne des vainqueurs, de leurs 15.000 prisonniers et de leurs prises : 50.000 têtes de bétail, avec le trésor et une partie de la famille et la suite d'Abd-El-Kader.

Après ce brillant fait d'armes qui eut un profond retentissement en France, parce qu'il annonçait la fin de la résistance organisée en Algérie, le duc d'Aumale fut promu Lieutenant-Général et Bugeaud, Maréchal de France.

Le Lieutenant Grosjean et le Maréchal des logis Schamberg et le brigadier Hurel reçurent la croix de chevalier de la Légion d'Honneur. Seul le gendarme Fourneau avait été blessé.

La tente et les armes d'Abd-el-Kader, attribués au duc d'Aumale, sont conservées au musée du château de Chantilly.

Après le combat de Taguin, l'émir se réfugia au Maroc. Ce n'est que le 23 décembre 1847 qu'il se rendit à Lamoricière avant de se soumettre au Duc d'Aumale qui avait été nommé Gouverneur général à Alger. Ramené en France , l'émir Abd el Kader fut emprisonné au fort Lamarque à Toulon, puis à Pau d'avril à novembre 1848. Libéré il vient à Paris où il reçut par Louis-Napoléon. Assigné il résidera jusqu'en 1852 au chateau d'Amboise.

Le peintre Horace Vernet a reproduit la scène finale de la prise de la smala sur une immense toile de 26 m x 4,90 m actuellement exposée au musée du château de Versailles. On peut distinguer au centre, derrière le fils de Louis-Philippe, le peloton de gendarmes avec , à la tête, le Lieutenant Grosjean et le Maréchal des logis Schamberg, peints sous leurs véritables traits. Une reproduction se trouve dans l'entrée de l'Escadron 32/5 .

En outre Taguin figure sur l'étandard du 4 éme Régiment de chasseurs d'Afrique ( dissous ) et sur celui du 1er régiment de Spahis, stationné actuellement à Valence.

Le nom de Taguin ( ou Taguine ) a été remplacé sur les cartes d'Algérie par celui de Z'Malet El Emir Abdelkader, ce qui signifie Campement de Abdel Kader.

quartier taguin 1972

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