L'HISTOIRE

Pour bien comprendre la libération de l'Allier en septembre 1944, il faut revenir au mois de novembre 1942 très loin du Bourbonnais. 

Dans la nuit du 10 au 11 novembre 1942, Hitler déclenche l'opération - Attila – et envahit la zone libre. La ligne de démarcation franchie, l'armée d'armistice n'oppose qu'une maigre résistance à l'envahisseur allemand. Seul le Maréchal de LATTRE de TASSIGNY à l'école des cadres de CARNON quitte MONTPELLIER en hâte en espérant attraper avec ses 180 hommes un bateau qui pourrait le mener en Afrique du Nord. A SAINT PONS, suite aux ordres de l'état français, la gendarmerie met fin à ce début de cavale et reçoit la réédition de la troupe De LATTRE qui estime que la situation est sans issue.

En corse, l'armée italienne débarque à Bastia et occupe dès le lendemain CALVI, AJACCIO et BONIFACIO. Les quelques troupes de l'île de beauté assistent avec impuissance à leur arrivée.

Le Général HUMBERT, commandant la subdivision, suite à cette intrusion visite les unités Corse ( 1 bataillon d'infanterie, 1 détachement de marine et la compagnie motocycliste de la garde républicaine mobile ) pour donner l'ordre aux officiers de détruire tous les matériels en cas de menace des troupes italiennes.

La zone libre n'existant plus, le maréchal Pétain lance un appel au calme à l'armée d'armistice. Toutes les unités sont consignés dans leurs casernes en attendant les ordres.

Le 26 novembre, Hitler adresse un message au chef de l'état Français, lui demandant tout bonnement de démobiliser l'armée et précise que celle-ci est excitée par des officiers pour une résistance active contre l'Allemagne.

Le 27 novembre, les Italiens passent à l'action en Corse et les troupes françaises suite aux ordres reçus du général HUMBERT détruisent les matériels. A la caserne Battesti les sous-officiers du 4ème Escadron rendent hors d'usage 60 side-cars, 4 motocyclettes, 3 camionnettes, 1 camion, les stocks de pneus et d'essence. Le garde Adrien BIANCHERI assiste à la destruction mais il sait qu'il s'agit de la seule et unique solution. Suite à cette action, de nombreux incidents éclatent et opposent les gardes à l'occupant Italien. Le 26 janvier 1943, l'ensemble des militaires et des familles sont expulsés de Corse. A 17 heures, ils embarquent sur le bateau – Ville d'Ajaccio -. Sur le pont, familles et militaires regardent s'éloigner leur ville et leur vie. Quelques corses assistent au départ la gorge serrée. Maintenant ils sont seuls avec les gendarmes départementaux et la police pour les protéger. Beaucoup d'interrogations se lisent sur les visages et une seule question revient pour les gardes : - Reviendrons nous un jour dans notre caserne pour travailler comme avant. Le cœur gros mais plus motivés que jamais, ils n'ont qu'une envie : - en découdre et se libérer. Le vent glacial qui souffle sur le bateau incite tout le monde à rentrer dans les cabines. Seul Adrien BIANCHERI à la poupe veut rester encore un peu pour admirer AJACCIO qu'un dernier rayon de soleil orange éclaire encore. Il s'agrippe au bastingage et sert avec force le tube entre ses mains. Quoique hasardeuse, à cause des sous-marins ennemis, la traversée se déroule sans encombre. Le 4ème escadron arrive à NICE, le 27 janvier au matin et se stationne temporairement au Quartier Auvare. La mer est encore plus bleue que jamais tellement le soleil brille et donne à l'air une douceur printanière. Les troupes Italiennes sont là aussi et surveillent cet escadron de rebelles. Le Quartier Auvave n'étant pas très adapté pour les gardes et les familles, il est décidé de les installer à GRASSE au quartier Saint-Claude. Mais un nouveau coup du sort va encore frapper cruellement les gardes. Au cours des divers reconnaissances entre NICE et GRASSE pour installer l'escadron, la camionnette qui transporte les militaires est percutée par un camion de l'armée italienne. Des débris de la camionnette on va retirer 8 blessés qui vont être transportés à l'hôpital Pasteur de NICE. Gravement atteints le Lieutenant MOYNE, l'Adjudant NANOT et le garde PRADEILLES vont succomber à leurs blessures. Cet événement va créer un vif émoi au sein de l'escadron et amener une hostilité sans limite contre les italiens. Mais les gardes, plus motivés que jamais, vont devoir atteindre encore de longs mois avant que leurs vœux de libération soient exhaussés .

A VICHY, le Lieutenant-Colonel ROBELIN sous directeur technique de la Garde Républicaine Mobile  recherche discrètement dans les milieux militaires des adhésions suite au projet du général VERNEAU qui souhaite un engagement massif contre l'occupant dés que l'insurrection sera amorcée. ROBELIN sonde toutes les unités de la garde pour rechercher des gens motivés et sûrs respectant à la lettre les directives qui lui parviennent sur l'organisation de la résistance de l' armée – zone sud – par l'intermédiaire du Lieutenant-Colonel Jean PFITER. Dès le printemps 1943, ROBELIN qui a en charge les escadrons de la zone Sud exerce sa fonction avec un empressement sans réserve, un mépris des dangers encourus et une foi en sa mission.

Rapidement, ROBELIN choisit dans chaque régiment de la Garde des « correspondants » de confiance pour préparer les actions à venir. En six mois il reçoit le soutien de plusieurs officiers supérieurs. Ainsi épaulé, sa motivation n'en est que plus forte.

Déjà en Juillet 1940, la 2ème compagnie de la Garde Républicaine Mobile de BOUZONVILLE (Moselle) arrive à VICHY. Le Capitaine BOUCHARDON qui commande l'unité a dû se replier en hâte. Sa compagnie est agonisante, le matériel fait défaut et il n'a plus de cuisinier pour la "popotte". Il reçoit Etienne ASSO, un cuisinier civil, qui remplit les conditions exigées et l'embauche.

Dans le cadre de la réorganisation de la Garde républicaine mobile, la 2ème compagnie est transformée en le 2ème escadron de la 4ème légion et s'installe à RIOM.

BOUCHARON et ASSO se lient d'amitié et ne cachent pas leurs sentiments de revanche contre l'occupant. Entre eux, il naît une aspiration commune de révolte. Depuis 1941, ASSO a organisé à VICHY des groupes du Front National, ce qui va amener, vers la fin de l'hiver 1942, discrétion oblige, les premières réunions clandestines qui regroupent ASSO, PAQUELET ( responsable de la section de Vichy), le Lieutenant-Colonel ROBELIN et le Chef d'escadron BOUCHARDON. Une action conjuguée est décidée . Avec 12 escadrons de la Garde Républicaine, la Garde Personnel du chef de l'Etat Français et les FTP, il est prévu dans la phase finale de l'insurrection de neutraliser la milice et la Gestapo de VICHY. Une fois cette offensive lancée, toutes les unités, quelque soit le résultat obtenu, recevront l'ordre de passer au maquis.

En septembre 1943, le 4ème Escadron de GRASSE ( ex AJACCIO) est replié à VICHY. A partir du 2 mai 1944, le 4ème Escadron est rejoins par les 1er et 2ème escadron de MARSEILLE. Hitler craignant un débarquement dans le sud estime plus sûr de ne pas laisser les gardes dont les escadrons très hostiles à l'occupant pourraient devenir une tête de pont idéale pour les troupes alliés qui ont déjà repris le contrôle d' Afrique du nord.

De septembre 1943 à juin 1944, les 3ème escadron de DIGNE, les 5ème et 6ème escadrons d' ORANGE, le 7ème de PONT SAINT ESPRIT et le 8ème de La VOULTE se déplacent souvent dans le sud de la France pour des services en lien avec l'ordre public. Loin de Vichy, ils reçoivent avec décalage les ordres en provenance de la sous direction de la garde républicaine.

Le débarquement du 6 juin 1944 est annoncé à la BBC. Partout en France, des milliers de résistants sortent les armes. A VICHY il n'est pas encore question d'attaquer la milice ou la Gestapo. Les troupes d'occupation étant encore très nombreuses et bien armées. Le passage de la Garde au maquis reste différé. Mais faute de pouvoir transmettre rapidement les directives pour éviter un passage trop hâtif qui révélerait les plans, ROBELIN ne peut empêcher l'école de la garde de GUERET d' intégrer le maquis dès le 7 juin. En moins d'une semaine 5 escadrons du 2ème et 5ème régiment suivent le mouvement. Le lieutenant-colonel ROBELIN a bien tenter de les prévenir. En vain, il doit maintenant en minimiser la portée devant la curiosité de la police de DARNAND. Le 15 juin, BOUCHARDON qui commande le groupement de la Garde est convoqué au siège des RG à l'hôtel Lardy. DEGAN ancien chef de la milice le reçoit. BOUCHARDON est désarmé puis subit un interrogatoire avant d'être relâché.

Toujours le 15 juin 1944, le 8ème escadron de La VOULTE commandé par le Lieutenant MOLIA passe à la résistance et forme les compagnies FFI 68 et 69. Les compagnies se livrent à des combats acharnés contre l'occupant dans l' Ardèche. Toutes ces informations arrivent à VICHY. Dans les rangs de la garde, l'inquiétude est croissante. Des officiers sont soupçonnés, à juste titre, d'appartenir à la résistance.

Le 7 juillet, à VICHY,  des officiers sont arrêtés et conduits au siège de la Gestapo. Depuis la veille, le Lieutenant-Colonel ROBELIN y est emprisonné. Il est maintenu en détention et subit les pires outrages. BOUCHARDON, le 27 juillet est interrogé une autre fois par la Gestapo. Il est conduit à CHAMALIERES et revient à VICHY le corps recouvert de plaies. Le chef d'escadron THARAUX, adjoint de ROBELIN, subit lui aussi, les mêmes outrages. ROBELIN très affaibli le disculpe car il a besoin de lui en liberté. THARAUX va quand même rester en détention. Quand à ROBELIN, plus personne n'a de nouvelles depuis le 28 juillet. Son destin tragique se révélera plusieurs mois après la libération. On ne retrouvera jamais son corps. Des éléments concordants permettent penser que le SS SCHLIMMER l'a assassiné dans sa cellule par strangulation dans les caves de l'hôtel du Portugal situé boulevard des Etats-unis.

Le 21 juillet à Saint AMBROIX (07) une section de la 69ème compagnie tend une embuscade aux allemands en tue 5 et en blesse 6. Le 23 juillet, la 68ème compagnie, dans la vallée du Rhône, inflige des pertes importantes à l'ennemi. La 69ème qui n'est pas en reste met hors de combat une colonne allemande récupérant au passage des camionnettes, une voiture, un side-car, une motocyclette et de nombreux matériels. L'action des deux compagnies est primordiale dans la libération du pays. L'ennemi affaibli doit céder. Après le débarquement, le 15 août, de la 1ère armée qui ne rencontre que très peu de résistance, les 68ème et 69ème compagnies font plus de 800 prisonniers allemands en quelques semaines.

Le 25 août Paris est libéré. PETAIN qui a quitté de force , après un périple de deux jours, est escorté à SIGMARINGEN par des SS et la Gestapo. Il y est rejoint par LAVAL, puis par DORIOT, DEAT, DARNAN etc..

Les résistants de MONTLUCON ont chassé les Allemands qui occupaient la caserne Richemont et les harcèlent sur le chemin du repli. Les FFI qui contrôlent le secteur entre LAMAIDS et QUINSSAINES obligent les colonnes Allemandes à contourner la première ville du département libérée de l'occupant.

A BILLY, cinq résistants dont 4 gendarmes de l'ex-garde personnelle du maréchal Pétain, intégrés au Groupe Didier, sont interceptés par des militaires de la 4ème compagnie du 18ème bataillon SS en cantonnement au château de la croix de l’Orme. Les 5 hommes revenaient du château de Lonzat à MARCENAT après y avoir récupéré des armes. Fusillés les dépouilles de l’Adjudant-Chef René LORDEREAU, des gendarmes Augustin DOURNEAU, Arthur ARNAUNE, René SCHMELT et du sergent-chef Victor CAZENAVE de l’armée de l’air seront retrouvées dans une tranchée près du château. Le château de Lonzat était d'ailleurs très bien connu de la garde personnelle du Maréchal car il s'agissait de l'une de ses résidences privilégiées avec le château de CHARMEIL.

Les troupes FFI, parmi lesquelles la Compagnie FTP Marceau, arrivent à GANNAT. Mais devant un passage important de troupes allemandes qui quittent Clermont-Ferrand, elles doivent se replier les 27 et 28 août 1944.

le 26 août à AUDES, HURIEL et LA CHAPELAUDE, 6 FFI sont tués au combat . Les FFI entrent dans VICHY libéré.

Le 27 Août à MARIGNY, un convoi de Miliciens venant de Limoges, qui avait déjà été attaqué à LAMAIDS, tombe de nouveau dans une embuscade. Six prisonniers FFI sont assassinés. A PREMILHAT un FFI est tué, un autre fusillé à BOURBON L ARCHAMBAULT et un tué au combat à YGRANDE.

La Guérilla se développe dans le secteur de DOMPIERRE SUR BESBRE le long de La ligne de chemin de fer entre YZEURE, MONTBEUGNY, et THIEL SUR ACOLIN. La ligne est sabotée bloquant ainsi six convois Allemands.

Le 28 août, les FTP attaquent des colonnes allemandes à SAULZET. Les troupes d'occupation, harcelées, quittent GANNAT par la Route Nationale 9 pour rejoindre MOULINS. Une estafette allemande précédant le convoi est abattue à proximité de l'auberge de l'étang du Vernet. Les allemands doivent bivouaquer et s'installent dans le bois Bournat à BROUT-VERNET.

Le 29 peu après 16 heures, les allemands sont attaqués par la colonne Eynard dans le bois de Bournat. Ils décrochent vers 21 heures en direction de la forêt de Marcenat où se trouvent d'autres troupes allemandes et un important dépôt d'essence. En partant, ils font sauter le pont d'Aubeterre, près de l'étang du Vernet qui permettait jusque là aux FTP de la Compagnie Marceau de mener des excursions sur la Route Nationale 9. Un jeune FTPF trouve la mort à BAYET. A CESSET, trois FTPF, dénoncés, sont pris par une colonne Allemande en provenance de Lafeline et trouvent la mort au carrefour de la route de Montmarault.

Le 29 août 1944, le chef d'Escadron THIOLLET prend le commandement d'un groupement motocyclistes formé du 4ème Escadron de GRASSE, du 5ème Escadron d'Orange et d'un peloton porté du 2ème escadron de MARSEILLE. Il entre en liaison avec le Commandant EYNARD, du détachement FFI marocain parachuté, en vue d'opérations dans la région Nord de la ligne Saint-Pont – Vendat.

Le 30 août, les gardes républicains et les FFI sont envoyées dans la forêt de Marcenat pour une nouvelle offensive. Sur l'axe Broût-Vernet – Moulins et la forêt de Saint Gilbert. Au cours d'une reconnaissance le MDL. Chef DUHAMEL et le garde DEZIER sont fait prisonniers. DUHAMEL va réussir à s'évader. Le garde DEZIER est aperçu une dernière fois dans les Vosges le 4 septembre. Son corps na jamais été retrouvé.  D'autres patrouilles s'engagent sur l'axe Charmeil – Saint Rémy en Rollat et la forêt de Marcenat.

Dès les premiers combats, la Garde perd  ses premiers hommes : le Garde JOCAILLE, le Garde BONNAFE et le Garde TYPHIOU, lors d'une reconnaissance motocycliste aux abords de ST DIDIER.

Le 2 septembre, le groupement THIOLLET est renforcé par les 1er et 2ème escadron de MARSEILLE, le 3ème escadron de DIGNE et se place sous les ordres du Lieutenant-Colonel COLLIOU des FFI d'Auvergne. Au total 9 escadrons sont engagés. Le 4/2 du Capitaine PERRIN, le 5/2 du Capitaine CHAMBERT, le 2/4 du Capitaine VALLENET , 1/2 du Capitaine BELLER, le 2/2 du Capitaine CHIPOT, le 3/2 du Capitaine NAY, le 3/5 du Capitaine RABOT et le 8/4 du Capitaine BRUSTEL.

Au soir du 2, les FFI affrontent les allemands à la gare de DOMPIERRE.

Le 3 septembre, le Major Lord est le premier parachutiste américain qui arrive à VICHY.

Dans l' Est de l'Allier, le maquis entreprend des opérations de guérilla sur les routes de Lapalisse – Le Donjon et Varennes su Allier . A force de harcèlement les maquis aidés par les Groupes Mobiles de Réserve (GMR.) obligent les occupants à suivre la vallée de l'Allier en direction de Moulins. Les Allemands se fixent à SAINT POURCAIN en position défensive, tandis que d'autres, renforcés par des blindés tiennent la forêt de Marcenat. Un groupe d'artillerie disposé sur une hauteur entre BROUT-VERNET et SAINT DIDIER termine la couverture du dispositif en ayant des possibilités de tirs à 360 degré.

MOULINS devient la plaque tournante des replis des troupes allemandes. De nombreux convois ferroviaires blindés apportent le support nécessaire au repli des troupes par l'est du département.

Les soldats Allemands qui sont de moins en moins nombreux comptent quand même plus d'un millier de militaires avec un bataillon, une compagnie d'artillerie d'accompagnement, trois compagnies d'infanteries constituées de Polonais et Russes de l'armée VLASSOV commandés par des SS.

Les FFI harcèlent sans cesse l'adversaire, augmentant la pression. De part et d'autres, il y a de nombreux tués. Les FFI et les civils payent un lourd tribu.

Malgré tous ces efforts les FFI. ne parviennent que difficilement à maintenir les Allemands dans le secteur de VARENNES S/ ALLIER.

Pendant 3 jours, le groupement THIOLLET attaque les colonnes ennemies sur le GC. 12, ( actuelle RD 12 qui relie Yzeure à Dompierre Sur Besbre , via Montbeugny et Thiel S/ Acolin ) et pousse jusqu’à la N 73 ( route du relie Yzeure à Dompierre Sur Besbre en passant par Chevagnes ). 7 allemands sont faits prisonniers. Mais une des patrouilles tombe dans une embuscade. Les Gardes ASTRUC et LAMARIE sont capturés mais réussissent à s’enfuir.

D'autres unités de la Garde seront engagées pour aller sur LYON. A VICHY, un second Groupement Opérationnel est formé sous les ordres du Chef d'Escadron DAUCOURT. Il est composé des escadrons 7/4 du Capitaine GAYRAUD, du 3/4 du Capitaine GARDIEN, du 4/4 du Lieutenant MICHEL, du 5/4 du Capitaine RIEHL et du 8/4 du Capitaine BRUSTEL. 

Journée du 4 septembre 1944.

A 6 heures, la section du Sous-Lieutenant COLLET part en reconnaissance entre MARCENAT et SAINT POURCAIN. Arrivée sur place, elle constate que les Allemands qui occupaient jusque-là, la maison de retraite, ont quitté les lieux par la RN 9. Ils ont coupé des arbres pour barrer la chaussée et piégé l'ensemble avec des grenades.

Dans la campagne de CHAPEAU, les fermes organisent à tour de rôle les batteuses. Les ouvriers de ferme s'entraident. Demain la batteuse aura lieu à la ferme des Mayences. Marius MODESTE, le premier commis envoie son ami PIOCHON ouvrier de ferme lui aussi, à la ferme de Montedoux à MONTBEUGNY pour demander de la main d'œuvre pour le lendemain.

Arrivé à la ferme de Montedoux, PIOCHON se trouve nez à nez avec les Allemands qui vraisemblablement recherchent quatre des leurs qui ont disparu au cours d'une patrouille le long de la ligne de chemin de fer entre Montbeugny et Dompierre sur Besbre.

PIOCHON est retenu toute la nuit dans la ferme.

En fin d'après-midi la section du Sous-Lieutenant COLLET arrive à TOULON SUR ALLIER pour y passer la nuit après avoir cheminé par CHAZEUIL et BESSAY SUR ALLIER, en évitant LA FERTE.

Au Nord de VARENNES, à SAINT LOUP , les escadrons sont confrontés à un convoi ferroviaire blindé ennemi chargé d'appuyer les troupes qui doivent détruire le dépôt de munitions de la FERTE. Ils en viendront à bout, grâce à une intervention de l'aviation Anglaise qui mitraillera le convoi, le faisant sauter sur place. Sur le retour, cette même aviation effectuera un raid dans la gare de triage de Moulins et sur la ligne à hauteur de TREVOL et font sauter plusieurs convois d'Allemands sur le départ.

Deux FTP qui surveillaient l'accès du pont Régemortes sont faits prisonniers et fusillés. Dans la même journée à MOULINS et NEUVY, trois civils sont fusillés et cinq autres FFI et FTP sont tués au combat.

Journée du 5 septembre 1944

Le 5 au matin, l'ordre est donné d'attaquer Moulins dans la nuit qui vient. Le Groupement THIOLLET s'y prépare quand le contrordre est donné en milieu de journée. Les Allemands sont encore nombreux dans le secteur de la gare et il semblerait, d'après des informations d'officiers Français et canadien, qu'ils seraient prêts à se rendre. Seul problème, les allemands ne reconnaissent pas les FFI comme troupes régulières et ne souhaitent par capituler entre leurs mains. Walter STUKI, ambassadeur de Suisse à VICHY est appelé à la rescousse pour tenter une négociation et d'éviter une nouvelle effusion de sang. Personne ne souhaite s'engager dans un combat de rues meurtrier. L'ambassadeur rejoint BESSAY où le Colonel COLLIOU a fixé son PC. Trois voitures doivent se rendre à MOULINS, la première porte le drapeau Français à croix de Lorraine, la seconde le drapeau Anglais et la troisième le drapeau Suisse. A la sortie de BESSAY, une fois le dernier poste de contrôle FFI atteint, la voiture de l'ambassadeur prend la tête du convoi. Bien en évidence un drapeau blanc flotte sur l'avant. Seul, l'ambassadeur et son chauffeur s'engagent dans un « No Man's Land » au milieu de maisons bombardées et d'une route détruite. A allure réduite, la voiture entre dans les premiers faubourgs de MOULINS. Un premier barrage Allemand stoppe l'avancée. STUKI décide de s'approcher à pied et interpelle la sentinelle en allemand. Les armes sont braqués sur lui. Il tente à plusieurs reprises de rentrer en contact avec un officier. Rien ne vient. Il insiste en Allemand et finit par entendre « Russki ». Les militaires qui se trouvent face à lui sont russes. Au bout de quelques minutes, un sous-officier allemand s'approche avec méfiance. STUKI lui présente son passeport diplomatique et lui demande de contacter le commandement allemand. Les minutes défilent. Le sous-officier reçoit l'ordre d'escorter l'ambassadeur à MOULINS. Quatre soldats allemands prennent place sur les ailes et les marches-pieds de la voiture. A allure réduite, la voiture s'avance dans les rues désertes. L'accueil par le commandement allemand est très froid. L'officier se plie aux demandes de STUKI avec lenteur et mauvaise grâce. L'ambassadeur est suspecté d'être un espion et qu'en tant que tel il va être fusillé. Mais STUKI garde son sang-froid, il cite les noms d'officiers allemands qu'il a connu à VICHY et exhibe la recommandation signé du général Allemand de Clermont-Ferrand. Il continue d'étaler son action au profit des intérêts allemands et du travail accompli par la croix rouge au profit des blessés et des prisonniers. L'atmosphère se détend un peu mais l'officier reste sur sa position. Il n'est pas autorisé à capituler et suivant les ordres, il se battra jusqu'au dernier homme. La discussion prend fin la dessus. Sur le retour, STUKI retrouve le sous-officier allemand qui le questionne :

« Avez-vous une bonne nouvelle ? »

L'ambassadeur lui répond : « il arrive qu'on offre une cigarette à quelqu'un et que ce quelqu'un la refuse ! »

« C'est dommage ! » souffle le sous-officier dont le visage en dit long.

Arrivé à BESSAY, STUKI informe le commandement des FFI du refus de négociation. Il apprendra dans la soirée que son entrevue avec l'officier a apporté ses fruits. Toute la garnison allemande a quitté MOULINS à 23 heures.

Plus tôt dans la journée, sans savoir que des négociations sont en cours, les FFI de NEUILLY frappent à la sortie d' YZEURE en attaquant une colonne Allemande très fournie. Les maquisards paient le prix fort. Sur un effectif de 14, 7 seront tués.

Au petit matin, du 5 septembre, l'agriculture garde ses droits VENIAT , René et BREROT , Philippe quittent la ferme de Montedoux pour aller à la batteuse au lieu-dit " Saleine ‘ . Ils partent à pied par un chemin de terre. En cours de route, leur attention est attirée par les claquements d'armes provenant de MONTBEUGNY , plus exactement de Chamardon. La fusillade n'ayant été que de courte durée, ils n'y prêtent plus attention.

A la même heure, Marius MODESTE accompagné de monsieur POUILLEN traverse le bourg de CHAPEAU pour aller récupérer la batteuse et la chaudière à la ferme des Paillerets. Sur le chemin du retour, de nombreux gardes sont dans le bourg de Chapeau, de nombreux militaires sont également positionnés en observation sur le chemin des Mayences. Il continue son chemin sans se soucier de ce qui se prépare et reste concentré sur la batteuse de la journée même si les gardes l'informent qu'une attaque contre les allemands se préparent.

Les Allemands qui viennent d'être accrochés par une voiture du maquis à Chamardon, ont fait demi-tour pour retourner à MONTBEUGNY. L'Officier qui les commande rencontre le maire de la commune et lui présente un portefeuille qu'il vient de découvrir dans le véhicule des FFI. Il menace l'élu de fusiller des otages dans la commune si TOUS, Salvador, réfugié espagnol, ne lui est pas livré.

La tension est grande dans le village. TOUS a regagné MONTBEUGNY. Le maire le fait contacter et lui demande de se rendre pour éviter un massacre dans le village. TOUS décide de se rendre aux Allemands. Il sort, dignement mais résigné de l'habitation où il s'était réfugié. Il avance vers le chef de détachement qui le fait abattre sur le champ. Son corps va rester là, toute la journée, personne n'osant aller relever la pauvre dépouille.

Rendus un peu nerveux, les Allemands que les FFI n'arrêtent pas de harceler, effectuent des patrouilles dans toutes les directions aux abords de MONTBEUGNY , notamment sur la route de Chapeau à hauteur du bois et de la ferme de Montedoux.

Le Sous-Lieutenant COLLET et sa section quittent TOULON S/ ALLIER pour se rendre à la ferme des Damayaux en approche de MONTBEUGNY. En attendant les ordres la section s'articule en position défensive aux abords de la ferme.

Il est 7 heures, Le lieutenant VANDENBROUCKE de l'escadron 4/2 donne l'ordre au MDL. Chef DELICHERE d'effectuer une patrouille moto entre CHAPEAU et MONTBEUGNY. La patrouille comprend les gardes GERIN - FRANCOIS - LEROY- REBOIS et QUEYREL.

Cette patrouille part en reconnaissance à la recherche de l’ennemi. Elle passe à hauteur du chemin des Mayences et s'engage avec précautions dans le bois qui se trouve devant eux. Une longue ligne droite permet une parfaite visibilité ainsi La traversée du bois s'opère sans problème et arrivée en lisière à l'approche du village de MONTBEUGNY, le Chef DELICHERE envoie les gardes LEROY - REBOIS et QUEYREL pour vérifier discrètement les mouvements dans le bourg.

Depuis l'accrochage de Chamardon, les Allemands qui patrouillent, sont aussi dans le bois de Chapeau à la recherche des maquis. Ils aperçoivent le Chef DELICHERE et les gardes GERIN et FRANCOIS qui attendent sur le bord de la route à côté des side-car. LEROY - REBOIS et QUEYREL ont déjà parcouru à pied 150 mètres en direction de MONTBEUGNY. Une première grenade est jetée par un groupe d'allemands, elle tombe à côté du Chef DELICHERE et explose. Elle n'occasionne aucun mal. Surpris les 3 gardes ripostent mais sont rapidement fait prisonniers. Quant à LEROY, REBOIS et QUEYREL, ils assistent impuissants à la capture de leur Chef et de leurs deux camarades. Ils décrochent immédiatement pour s'effacer de la vue de l'ennemi et commencent discrètement une manœuvre de décrochage pour rejoindre leur escadron à CHAPEAU pour informer leur Lieutenant.

Ils parviennent à revenir sans se faire prendre après avoir effectué un long détour. Il est 10 heures quand ils rendent compte de la situation.

Le Chef DELICHERE, et les gardes GERIN et FRANCOIS sont conduits à la ferme de Montedoux toute proche.

Les Allemands en fouillant la ferme découvrent les uniformes, les armes et les bicyclettes de quatre des leurs qui ont été fait prisonniers par le maquis et interceptent deux FFI, Gabriel GUICHET et Georges LEVEQUE, qui vraisemblablement venaient récupérer les uniformes et les armes.

Devant autant de mouvements hostiles dans le secteur , l'ennemi place des guetteurs aux abords de Montedoux. Plusieurs prennent place en haut de meules de foins. De ces positions, ils ont une vue très étendue sur la ferme des Mayences, celle du Petit Couzai et celle Grand Couzai. Ils suivent avec intérêt les mouvements des gardes qui sont en reconnaissance.

De la ferme de Montedoux, les cinq prisonniers sont déplacés en direction de MONTBEUGNY. En chemin ils sont allongés face contre terre à l'endroit où se trouve la stèle actuellement. Ils seront fusillés vers 17 heures à la fin des combats.

Dans le même temps, un autre maquisard qui tente de rejoindre la ferme de Montedoux, le nommé René ROY, est lui aussi fait prisonnier. Il est enfermé dans une cabane à l'écart. Il sera retrouvé à demi enterré dans un champ quelques jours plus tard par le père de VENIAT, René.

A 9 heures 00, le Lieutenant VANDENBROUCKE qui n'a pas connaissance de ce qui vient de se passer, envoie une seconde patrouille avec un GMC. Elle est composée des gardes BIANCHERI, le conducteur, ASTRUC et LAMARIE.

Ils n'ont pas plus de chance que leurs camarades. Arrivés dans le bois de Chapeau, ils sont pris eux aussi dans une embuscade. Pris sous un tir nourri Ils tentent bien de faire demi-tour tout en ripostant, mais au cours de la manœuvre le conducteur - garde BIANCHERI est abattu. ASTRUC et LAMARIE constatant que la situation est désespérée, décrochent pour retourner à CHAPEAU et prévenir le reste de la section.

Vers 9 heures, Le Sous-Lieutenant COLLET donne l'ordre à un groupe de combat de partir en reconnaissance au nord et au nord-est de la position avec pour mission de rechercher l'ennemi dans le secteur de la ferme des Mayences. Arrivé sur place, il rencontre les occupants des lieux. Le groupe va y rester jusqu'à midi pour observer le secteur de Montedoux et des Merlins. Questionnés, les gardes rassurent les ouvriers de ferme en leur disant qu'ils peuvent rester pour travailler. La patrouille est de retour aux Damayauds et rend compte de quelques mouvements ennemis. A 12 heures 30, un tir de mortier de 60 est néanmoins effectué dans le secteur de la ferme des Merlins et de la ferme de Montedoux où il existe d'excellents postes d'observation. Des guetteurs Allemands ont été aperçus en position sur les meules de foin de la ferme de Montedoux par le Jeune LAINE, Henri de la ferme du Grand Couzai.

Dans la foulée, Aux damayauds, Le Chef FOURCADE accompagné des gardes DEBOILLE - PONSEN - BARTHEL - PERONNE - DELDIQUE - BLAISE et ANDRE reçoit l'ordre de faire mouvement sur la ferme des Mayences située à l'Est de la position et d'accompagner le groupe de mitrailleuses HOTCHKISS (calibre 8 mm) composé du Chef ROQUES et de 10 gardes dont BORGIA ( conducteur) - CASSAN - LEBAULT - ROLAND et COPIENNE.

Le sous-lieutenant COLLET qui vient d'arriver à la ferme des Mayences, fait un tour de reconnaissance avec le jeune Hubert BREROT. Il envoie le garde GEST agent de transmission, pour donner l'ordre de mouvement à l'Aspirant VALLON, son adjoint, qui attend dans le chemin en retrait. Aussitôt, le groupe de Mitrailleuses du MDL. Chef ROQUES s'engage avec la camionnette tandis que le groupe de combat du Chef FOURCADE suit dans un second véhicule.

Le sous-lieutenant COLLET questionne cette fois Marius MODESTE et lui demande de lui montrer la ferme de Montedoux et celle des Merlins. Marius l'amène à l'angle de l'écurie et du fenil et tend son bras dans les directions qui lui sont demandées. Le camion de l'aspirant VALLON arrive dans la cour des Mayences, juste à hauteur d'un gros chêne qui se situe à droite du chemin. Aussitôt un tir nourri éclate. Il provient du Nord- Nord Est et couvre toute la cour entre les bâtiments. Tous les gens présents se mettent à couvert. Le jeune Hubert BREROT trouve refuge derrière un outil agricole, Marius MODESTE et le sous-lieutenant COLLET s'abritent dans l'écurie, les ouvriers agricoles et les femmes dans l'habitation et tout le groupe de mitrailleurs de l'Aspirant VALLON derrière une haie. Les hommes du Chef FOURCADE après avoir sauté du second camion se mettent à couvert derrière une autre haie.

Dans la surprise, la mitrailleuse et le fusil-mitrailleur sont restés dans la camionnette.

Une fois , les armes récupérées, les gardes peuvent riposter.

Sous le feu de la première mitrailleuse, les Allemands tirent moins. Le lieutenant COLLET sort de l'écurie et se positionne un peu en avant de la position de l'Aspirant.

La deuxième mitrailleuse est remise en marche. L’Aspirant VALLON la positionne de manière à prendre la ferme en enfilade. L'ennemi se tait et s’enfuit. L'Aspirant réussit à prendre contact avec le Lieutenant et lui demande "" De quel côté estimez-vous que nous craignons le plus ? ""

Il lui répond : "" arrosez les lisières du bois "".

Tout à coup derrière la ferme, une fusée blanche s'élève. Les Allemands demandent du renfort. Un moment après à 500 mètres derrière les hommes du Lieutenant COLLET, un Fusil mitrailleur tire du bord de la route. Il s'agit de renfort composé de deux groupes du peloton de l'adjudant CREIX. Le Chef VILLEPINTE et le Garde CARREGA tirent avec deux fusils-mitrailleur en direction des Mayences et de la lisière du bois où se trouvent les Allemands.

Les gardes du groupe COLLET se manifestent en agitant leurs casques et en criant pour éviter ce tir ami qui passe au dessus de leurs têtes.

Rien ne vient. Et pour cause les Allemands ont commencé la manœuvre d'encerclement. L'Adjudant CREIX et ses hommes ne pouvant pas tenir la position, décrochent. Deux gardes de son peloton, TRABAUD et FERAUD, sont tués. Le groupe rejoint la position des Damayaux. En arrivant dans la ferme, ils constatent qu'il n'y a plus personne. Ne sachant pas où se trouve le PC. , ils décident de s'écarter de cette position pour éviter des tirs de mortiers.

D'un autre côté un peloton du 3/5 commandé par l'Adjudant LEGAY tente une approche par la route de CHAPEAU. Le peloton à son tour est pris sous le feu d'armes automatiques et de mortiers. L'Adjudant LEGAY est blessé.

La ferme des Mayences est sous le feu de mortiers. MODESTE, Marius, le commis de ferme, bloqué dans le fenil s'enfouit dans le foin pour se protéger.

Le combat perd un peu de son intensité.

Le lieutenant donne l'ordre aux gardes PERONNE et BARTHEL de contourner la ferme par l'Ouest, pour s'assurer de la présence de l'ennemi dans le secteur du Petit-Couzai.

Entre les Mayences et le Petit couzai, le terrain est à découvert. Les gardes constatent que les Allemands sont bel et bien là. De leur côté, ils observent les faits et gestes des gardes, et connaissent exactement leurs positions de combat. Les deux gardes reviennent pour rendre compte de leurs observations.

Après ce calme relatif, le feu reprend de plus bel. Il est 14 h 45. Les gardes sont bloqués, ne pouvant plus bouger. Le Chef FOURCADE est blessé à la jambe. Un garde est tué. Les Allemands ont progressé.

Le Lieutenant COLLET qui a repéré deux Allemands près de lui, d'un geste, les désigne à l'Aspirant VALLON qui se saisit du Pistolet Mitrailleur du Chef FOURCADE. Il décharge le chargeur sur les deux adversaires qui sont à 20 mètres et se jettent derrière la haie.

Le garde PERONNE, qui se trouve au côté du Lieutenant reçoit l'ordre d'escorter le Chef FOURCADE en direction du Grand Couzai. La progression s'avère délicate, le Chef marche difficilement et le feu ennemi devient de plus en plus important.

Une vingtaine d'Allemands derrière une haie à hauteur du petit Couzai effectuent un véritable tir de foire. Le garde PERONNE reçoit une balle au sommet du crâne. Le Chef FOURCADE reçoit une balle dans le dos qui le transperce de part en part ressortant dans la région du cœur. Il tombe après avoir adressé quelques mots au garde qui l'accompagne.

S'apprêtant à faire un bond en terrain découvert, le garde PERONNE reçoit une balle dans la jambe droite. Non loin de lui les gardes PONSEN et DEBOILLE qui essaient de rompre sont fauchés par une rafale de balles.

Les Allemands s'excitent et crient.

Le garde PERONNE se redresse, et court en direction de la ferme du Grand Couzai. Il retrouve le garde ANDRE. En sautant une haie, PERONNE termine dans une mare et perd son fusil et son casque. Les balles sifflent et ricochent autour de lui. Il ressort de la mare. Devant lui, 130 mètres à découvert. La situation est désespérée. Il lève les bras, et avance doucement vers 5 Allemands au faciès de " Mongols". Ces derniers l'ajustent avec leurs armes. Très lentement, il avance, deux.... trois.... quatre.... cinq mètres. C'est alors qu'il entend "" FEUER "". Les Allemands lui tirent dessus, il fait demi-tour, court et, providence peu se mettre à couvert dans le lit d'un ruisseau asséché. Il retrouve un garde mitrailleur. Ensemble, ils ressortent et s'écartent l'un de l'autre.

Le garde PERONNE atteint la ferme du Grand Couzai. Il cherche à se cacher. Mais les Allemands sont sur ses talons.

Les fermiers ne lui sont pas d'une grand aide, et il ne peut pas leur faire courir de risque. Il prend le chemin des Damayaux qui vient de lui être indiqué. Il espère que le reste de la section est encore là. A peine Madame LAINE a-t-elle fini d'éponger le sang laissé par le garde que les Allemands sont dans la maison en criant "" TERRORISTES - TERRORISTES "". Ils fouillent partout.

PERONNE bien que marchant difficilement a atteint les Damayaux. Malheureusement, le PC n'est plus là.

Il réussira à rejoindre la route de NEUILLY LE REAL, où une patrouille de la Garde le retrouvera.

Pendant ce temps, les Allemands prennent des otages à la ferme du Grand Couzai. Menacent les fermiers et s'apprêtent à fusiller les hommes quand ils aperçoivent deux gardes. FERAUD qui est blessé et LEBAULT. Ils sont abattus sur le champ. Il en sera de même pour le garde mitrailleur que PERONNE a rencontré dans le lit du ruisseau.

L' Aspirant VALLON blessé est extrait in-extremis par le Chef VILLEPINTE et le garde stagiaire POLLART qui parviennent à se dissimuler et à sortir de la nasse des Mayences.

A la ferme des Mayences, les Allemands ont réussi leur offensive. Ils ont fait prisonniers les trois commis de ferme, les deux mécaniciens de la batteuse et le jeune fils de la ferme. Ils sont enfermés dans l'habitation, sans gardien, et peuvent discuter entre eux.

Un peu plus tard, un Allemand les fait sortir, les mains sur la tête et les aligne le long du mur de l'habitation. Tous s'attendent à l'issue fatale. MODESTE, Marius le premier de la file ne peut détacher son regard des Allemands. DEPLEIGNE et BENOIT, les mécaniciens de la batteuse sont suivis par THEVIN, JALLET et PIOCHON. En colonne, ils les font déplacer pour les positionner le long du mur de l'étable. Au cours de ce déplacement BREROT, Hubert, âgé de 14 ans est repoussé dans le couloir de la maison par un des Allemands. Il l’incite à s'enfuir.

THEVIN, Jean, est à l’affût, il connaît un peu l'Allemand, il suit la conversation et les gestes des militaires Allemands avec attention. Il comprend les ordres préparatoires. Aucun d'eux n'étant attachés, il crie "" Sauve qui peut !!! ". La mitrailleuse crache. JALLET et PIOCHON sont les premiers tués. Les deux mécaniciens, ont contourné l'étable, entrent par une porte latérale et se cachent sous des fagots. Ils ne doivent leur salut qu'à des poules qui loin d'être effrayées par les deux mécaniciens, resteront là, à couver, juste au-dessus d'eux. THEVIN est rattrapé dans le pré derrière la ferme. Il est conduit à coups de baïonnette dans un fossé. Là il sera fauché par une rafale de mitraillette. MODESTE qui s'est caché dans un autre fossé, est retrouvé et ramené à la ferme. Il est blessé. Dans la cour de la ferme, il rejoint un garde qui vient d'être pris. Il s'agit de NOVELLINI.

Dans le même temps, un Allemand, entre dans l'habitation et trouve les femmes Germaine BREROT, Armande MEUNIER, sa fille, Andrée DELLERAIN et Marie-Louis DESCHAUMES. Il les invite à partir. Ces dernières s'exécutent et prennent dans un premier temps, le chemin qui mène à MONTBEUGNY. Elles doivent enjamber de nombreux cadavres Allemands et rencontrent un groupe de soldats qui encerclent le corps d'un des leurs. Ils refusent de les laisser passer et les repoussent vers la ferme.

De retour, Armande MEUNIER qui parle Allemand recontacte le gradé qui les a incités à partir. Elle lui demande de les accompagner un bout de chemin en direction de CHAPEAU. Le groupe de femmes doit encore enjamber des cadavres, ceux des gardes, mais peuvent quitter les lieux.

Pendant plusieurs heures, les Allemands fouillent la ferme, pillent, boivent le vin, tuent les volailles.

Un camion Allemand vient les récupérer. MODESTE et NOVELLINI sont embarqués à bord et conduits à MONTBEUGNY. En cours de route, le camion essuiera quelques coups de feu. De là il prendra la direction de THIEL S/ ACOLIN où le camion marquera un arrêt à l'école. MODESTE et NOVELLINI sont débarqués. MODESTE est conduit dans un hangar d'où il pourra s'évader. Les Allemands ayant oublié sur lui un petit couteau de poche; il coupera les liens qui l'entravent

Il rejoindra dans un premier temps, une habitation occupée par des personnes âgées à THIEL, puis finira sa nuit dans un jardin au milieu d'un carré d'Asperges. Totalement épuisé, il ira chez Monsieur LAMY au magasin de la coopérative. Ce dernier lui donnera d'autres habits et protégera sa fuite. MODESTE se rendra Chez Monsieur GIRARD le marchand de vin et de charbons.

Les Allemands de nouveau attaqués entre THIEL et DOMPIERRE abandonneront les recherches. MODESTE pourra rejoindre son domicile à LUSIGNY.

Le garde NOVELLINI sera conduit et fusillé dans le bourg de DOMPIERRE S/ BESBRE.

La même journée, deux membres du détachement sédentaire des cheminots du camp Casanova sont faits prisonniers et fusillés.

stuki accueil groupe eddy

walter Stucki salue le groupe Eddy après les combats de Montbeugny

Le 6 Septembre 1944 et les jours suivants.

Dès l'aube, les gardes BLARD et MARIN qui faisaient partie du peloton de l'Adjudant CREIX, empruntent des bicyclettes et des vêtements civils aux fermiers qui les ont hébergés et se rendent à la ferme des Mayences.

Le calme régnant à proximité de la ferme, ils se rendent dans la cour et découvrent le massacre. Des corps sont entassés les uns à côté des autres y compris les trois gardes assassinés aux approches de la ferme du Grand Couzai. Monsieur LAINE, Robert le patriarche, a lui-même ramené les trois corps des gardes.

Dans le même temps le Chef d'Escadron THIOLET et le Capitaine VALENET commandant l'escadron 2/4 se rendent sur les lieux pour récupérer les corps.

Cinq gardes très grièvement blessés sont transportés à Vichy. DEBOILLE, BARTHEL, PONSEN et TRABAUD meurent pendant le transport. FERAUD décède à l' hôpital.

Les corps des gardes massacrés sont conduits par deux camionnettes du 3/2 et du 5/2 jusqu'à VICHY. Le garde FLANDIN de l'escadron ½ de Marseille note dans son carnet de route :

« Dans l'après-midi, alors que je lisais, deux camionnettes sont arrivés de Neuilly le Réal. En m'approchant j'ai vu les corps de nos camarades horriblement massacrés, certains avaient les membres sectionnés, le ventre ouvert, le crâne défoncé et tous sans bijoux ni portefeuille, ni papiers. Ils étaient tombés sur une unité où il y avait beaucoup de Mongols, mercenaires, de vrais barbares pires que les SS. »

À l'exception du corps du garde NOVELLINI qui n'est pas encore localisé. Au total dix-neuf corps seront ramenés, quinze récupérés dans la cour des Mayences et quatre à la ferme de Montedoux.

Le 6 septembre, deux FFI sont tués au combat à DOMPIERRE S/ BESBRE et ST POURCAIN S/ BESBRE, deux FFI sont fusillés à Moulins. Les allemands ont quitté la ville : Moulins est libérée.

Au soir du 6 septembre 1944, 54 Gardes Républicains, civils, FFI et FTP ont perdu la vie.

Le Samedi 9 septembre 1944 à 10 heures 00, la levée des corps se déroulent dans la Galerie NAPOLEON. La messe ne pouvant être faite à l'église SAINT LOUIS, (celle-ci ne pouvant recevoir les 19 cercueils), elle se déroulera sur l'esplanade du Casino en présence du Colonel VALO commandant le 2ème Régiment de la Garde. Le Chanoine COTTE, curé de la paroisse officiera en présence de l'évêque de MOULINS qui prononcera l'Oraison funèbre.

A l’issue, les cercueils seront déposés sur des chars tirés par des chevaux pour rejoindre le cimetière.

De nombreuses personnes s'inclineront au passage des corps.

Le Garde NOVELLINI, fusillé le 6 septembre vers 11 heures 00 à DOMPIERRE S/ BESBRE le long du mur du parc « Source Libre », sera inhumé le 7 septembre dans le cimetière de cette commune, en même temps que Louis BARON, un jeune maquisard, tué par les Allemands, le long de la ligne de chemin de fer.

Le 7 septembre, un escadron de marche est formés par les pelotons 3-2, 2-2 et 5-2 sous le commandement du Lieutenant COUTURIER et se porte à DORNES (58). Les escadrons 2-4 et 4-2 effectuent des patrouilles de harcèlement sur la route NEVERS – DECIZE. Le 9 septembre, Les unités quittent DORNES pour éviter un encerclement de fortes colonnes Allemandes. Le 11 septembre, elles font mouvement sur VILLENEUVE SUR ALLIER, puis SAINT PIERRE LE MOUTIER où des pourparlers entre le Colonel FRENCH et le Colonel ELSTER amènent la reddition de 1000 Allemands. Une seconde colonne Allemande, forte de 3500 hommes, se livre aux américains.

Le 20 septembre, le Groupement THIOLLET rejoint la 1ére armée vers DIJON, puis se déplace à DHELLES dans les Vosges, VESOUL , CONFLANS-LANTERNE. Pendant des semaines, il livre de nombreux combats jusqu'au 20 Novembre 1944 à MEURCOURT. Le 25 novembre, une prise d'armes a lieu à la caserne Montrouge de PARIS. Au terme de la prise d'armes et des remises de décoration le détachement THIOLLET est dissous. Les unités retrouvent leurs casernes respectives. Mais pour elles, la paix va être de courte durée. L'Indochine les attends. 

montbeugny - chapeau

Accrochés à Chamardon, les Allemands occupent le bois de Chapeau, puis encerclent la ferme des Mayences en la contournant par l' Est. 

Sans titre-Numérisation-01

Croquis établi par l' Aspirant VALLON.  En 1, 2 et 3, les fusils mitrailleurs et la mitrailleuse.  Au milieu, le Sous-Lieutenant COLLET représenté par un rond et une croix. 

ferme les mayences

les gendarmes dans la cour de la ferme des mayences quelques jours après le combat.  Ils examinent les lieux.

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